J'ai pris Al Boraq, le premier train à grande vitesse d'Afrique — voici ce que c'est

J'ai pris Al Boraq, le premier train à grande vitesse d'Afrique — voici ce que c'est

Une brève histoire de quelque chose qui mérite d’être célébré

En novembre 2018, le Maroc a inauguré le premier train à grande vitesse d’Afrique. Al Boraq — du nom de la créature mythologique qui transporta le Prophète Mohammed vers les cieux — relie Tanger à Casablanca à des vitesses allant jusqu’à 320 km/h, réduisant un trajet qui prenait auparavant cinq heures à deux heures dix. La ligne continue en service conventionnel depuis Casablanca via Rabat et vers le sud jusqu’à Marrakech.

Je l’ai pris pour la première fois fin novembre 2019, lors d’un voyage impromptu à Tanger qui coïncidait avec un mois que je suivais depuis le lancement de 2018. Voici mon récit, considérablement mis à jour en novembre 2024 après trois autres voyages pour vérifier ce qui avait changé ou non.

Note de mise à jour (novembre 2024) : le train est globalement le même qu’à mon premier voyage en 2019 — bien entretenu, fiable et confortable. Les prix ont augmenté d’environ 15 à 20 % depuis 2019. Le système de réservation s’est nettement amélioré et l’achat en ligne est maintenant simple. J’ai mis à jour tous les prix et informations logistiques ci-dessous pour refléter la réalité de 2024.

La gare de Tanger-Ville

Al Boraq part de la gare de Tanger-Ville, en centre-ville, et non du port de Tanger-MED, qui se trouve à 40 km à l’est et sert les ferries en provenance d’Espagne. C’est une distinction importante : si vous arrivez par ferry depuis Algésiras ou Tarifa, vous arrivez à Tanger-MED et devez prendre un train de connexion vers Tanger-Ville avant de monter à bord d’Al Boraq. Des navettes régulières assurent cette correspondance ; comptez 60 à 90 minutes pour le transfert, douane incluse.

La gare de Tanger-Ville elle-même a été rénovée en prévision d’Al Boraq et est vraiment agréable — aérée, moderne, avec une bonne signalétique en arabe, français et anglais. Il y a des cafés, un service de consigne bagages, et ce qui m’a semblé lors de ma visite 2024 être une offre de restauration notablement améliorée par rapport à 2019. Le WiFi fonctionne dans la gare.

Réservation et prix (2024)

Al Boraq est exploité par l’ONCF (Office National des Chemins de Fer), la compagnie ferroviaire nationale marocaine. La réservation se fait sur le site ou l’application de l’ONCF, disponibles en français et en arabe. L’interface est fonctionnelle et le paiement par carte est accepté.

Prix actuels d’Al Boraq (Tanger-Casablanca, 2024) :

  • Deuxième classe (standard) : 240–260 MAD (environ 22–24 euros)
  • Première classe : 390–420 MAD (environ 36–39 euros)

La première classe vaut le supplément sur ce trajet : sièges plus larges, un petit service repas (sandwich, viennoiserie, boisson), et notablement plus de place pour les jambes. Pour un trajet de deux heures, ce n’est pas strictement nécessaire — les sièges de deuxième classe d’Al Boraq sont plus confortables que les sièges de première classe de la plupart des trains régionaux européens — mais si vous traitez ça comme une expérience à faire correctement, dépensez les 14 euros supplémentaires.

Une note logistique : l’application ONCF requiert un numéro de téléphone marocain pour créer un compte, ce qui peut créer des frictions pour les premiers utilisateurs réservant depuis l’étranger. La solution de contournement est de réserver directement sur le site de l’ONCF, qui accepte les cartes internationales sans inscription pour les billets simples.

Le train lui-même

Al Boraq est un train Siemens Velaro — la même famille que l’ICE allemand et l’AVE espagnol. Le matériel roulant est moderne, climatisé et propre. L’intérieur est décoré de motifs géométriques marocains sur les tissus des sièges et les appuie-têtes, ce qui est un joli clin d’œil. Les sièges sont confortables pour deux heures. Les fenêtres sont grandes et le paysage marocain — les contreforts du Rif qui cèdent la place aux plaines de la Loukkos puis à la côte Atlantique — vaut la peine d’être regardé.

Le trajet lui-même, à vitesse de pointe, est fluide. Je n’ai pas ressenti les 320 km/h. Entre Tanger et Casablanca, Al Boraq circule sans arrêts. C’est le différenciateur clé par rapport au service intercités ONCF conventionnel, qui s’arrête dans chaque ville sur le parcours.

Le WiFi à bord est fonctionnel mais pas assez rapide pour le streaming vidéo. Un téléchargement avant l’embarquement est conseillé.

Le voyage : ce qu’on voit

En quittant Tanger, le train traverse la périphérie de la ville et s’engage dans les collines des contreforts du Rif. Pendant les vingt premières minutes, le paysage est vert et agricole — un nord du Maroc que les visiteurs qui ne voient que Marrakech et le désert ne connaissent pas. En hiver et au printemps, ces collines sont vraiment belles.

Le train longe la côte Atlantique sur une bonne distance avant de s’orienter vers l’intérieur en direction de Casablanca. Par temps clair, on peut voir l’océan depuis le côté gauche du train (assis dans le sens de la marche, deuxième classe, les fenêtres de gauche sont le meilleur côté). Il y a des villages de pêcheurs, des zones humides et des marais salants industriels sur ce tronçon qui sont discrètement intéressants.

L’approche de Casablanca est industrielle — le port, les raffineries, les installations portuaires à conteneurs. Mais le train arrive à la gare de Casa-Voyageurs, qui est dans une partie fonctionnelle de la ville, proche des principaux terminaux de bus et du tramway urbain.

Casablanca–Marrakech : le service de correspondance

Depuis Casablanca, le service intercités ONCF conventionnel continue vers le sud jusqu’à Rabat et Marrakech. Cette section n’est pas à grande vitesse — le train est du matériel ONCF conventionnel, plus lent, et met environ 3 heures de Casablanca à Marrakech. Le trajet complet Tanger-Marrakech en train (Al Boraq plus correspondance) prend environ 5 h 30 avec un transfert à Casablanca.

C’est l’option réaliste pour un voyage nord-sud au Maroc sans prendre l’avion : Tanger-Casablanca en Al Boraq, Casablanca-Marrakech en intercités ONCF. Le coût total est d’environ 350 à 450 MAD (32 à 42 euros) pour le trajet complet en deuxième classe, ce qui est excellent rapport qualité-prix pour un trajet de 5 h 30 couvrant 700 km.

Pour la section Casablanca-Marrakech spécifiquement, l’option couchette de première classe ONCF sur les trains de nuit vaut la peine d’être considérée si vous souhaitez voyager entre les villes sans perdre une journée de transport.

Comment intégrer Al Boraq dans votre voyage au Maroc

L’itinéraire Al Boraq le plus naturel est une boucle nordique : arriver à Casablanca en avion, prendre Al Boraq vers le nord jusqu’à Tanger, explorer Tanger et Chefchaouen et peut-être Fes par train local et grand taxi, puis reprendre Al Boraq jusqu’à Casablanca et prendre un vol vers Marrakech pour la partie sud du voyage.

Cette structure utilise le train pour le seul trajet longue distance sur lequel il excelle vraiment (Tanger-Casablanca ou l’inverse) tout en utilisant d’autres transports pour le reste. Notre itinéraire Maroc en 10 jours a une variante villes impériales construite exactement autour de cette structure.

Alternativement, pour les voyageurs principalement intéressés par le nord du Maroc : arrivée à Tanger, Al Boraq jusqu’à Casablanca, visite de Rabat, train de correspondance pour Fes, boucle via Meknès, Volubilis et Chefchaouen en bus et grand taxi, retour en avion depuis Fes ou Casablanca. Al Boraq fait de Tanger un aéroport d’arrivée vraiment utile plutôt qu’un détour.

La comparaison : Al Boraq vs voiture privée vs bus

Al Boraq vs voiture privée : sur le trajet Tanger-Casablanca, le train gagne sur le temps (2 h 10 vs 4 h 30 en voiture) et gagne sur le coût pour un ou deux voyageurs. Une voiture privée est plus judicieuse pour le circuit désert et les itinéraires Atlas que le train ne couvre pas.

Al Boraq vs bus CTM : le bus CTM Tanger-Casablanca met environ 5 heures et coûte 120 à 150 MAD. Al Boraq est 100 MAD plus cher en deuxième classe et 3 heures plus rapide. Pour la plupart des voyageurs, le gain de temps vaut le coût supplémentaire.

Al Boraq vs avion : aucun vol intérieur marocain ne relie Tanger et Casablanca. L’aéroport le plus proche est Fes, et les vols sont sporadiques. Le train est la seule option sensée sur ce corridor.

Notes pratiques

  • Gare à Tanger : Tanger-Ville, en centre-ville. Pas Tanger-MED (le port).
  • Gare à Casablanca : Casa-Voyageurs, à l’est du centre-ville. Connexion tramway vers le centre et la zone de la mosquée Hassan II.
  • Bagages : pas de limite de poids, mais les bagages doivent tenir dans le casier en hauteur ou dans les zones bagages dédiées. Pas de transport de vélo.
  • Fréquence : Al Boraq circule environ 6 fois par jour dans chaque sens. Premier départ de Tanger à environ 6 h 10, dernier à environ 19 h 00. Vérifiez ONCF.ma pour l’horaire actuel.
  • Consigne : disponible à Tanger-Ville et à Casa-Voyageurs. Environ 20 à 25 MAD par bagage et par jour.

Notre guide pour se déplacer au Maroc couvre le tableau complet des transports, notamment quand utiliser le train plutôt que le bus, le grand taxi ou un chauffeur privé, avec des comparaisons de prix pour 2024. Notre guide de destination Tanger et notre guide Casablanca ont les logistiques de transport propres à chaque ville.

Al Boraq n’est pas une révolution dans les voyages au Maroc — les routes du pays et les connexions aériennes intérieures restent l’infrastructure de transport principale pour la plupart des visiteurs. Mais c’est un vrai plaisir à prendre et il rend une catégorie spécifique d’itinéraire (boucle nord du Maroc, corridor Tanger-Casablanca, connexion vers Marrakech en train) vraiment élégant. Le premier train à grande vitesse d’Afrique est, cinq ans après son ouverture, une source justifiée de fierté nationale marocaine.